COMMENTAIRE SUR LA LOI N° 2008-48 DU 24
NOVEMBRE 2008 PORTANT LOI DE FINANCES POUR L'ANNEE BUDGETAIRE 2009.
Introduction
I. Les Grandes Orientations du
Budget 2009
En 2008, l'activité économique au Niger se
déroulerait dans un contexte international marqué par une décélération de la
croissance économique. Les dernières estimations situent le rythme de
l'expansion de l'économie mondiale à 4,9% en 2007 contre 5 % en 2006. Cette
décélération de la croissance mondiale en 2007 est imputable essentiellement au
ralentissement de l'économie mondiale américaine du fait de la crise de
l'immobilier et ce en dépit de la bonne tenue de l'activité en Inde et en Chine.
En matière de prix, l'inflation pourrait se situer en moyenne à 2,0 %. Au plan
interne, l'année 2008 serait marqué e par une production agricole relativement
stable après deux années successives de croissance soutenue,la reprise des
investissements, notamment dans le secteur minier, et la poursuite de la mise en
œuvre du programme économique et financier soutenu par les Institutions
Financières Internationales.
Sur le plan structurel, on peut noter la
poursuite de la mise en œuvre des mesures relatives aux réformes des finances
publiques contenues dans le programme économique et financier 2005-2007 signé
avec les institutions de Bretton Woods et le plan d'actions prioritaires de la
revue de dépenses publiques et de la Responsabilité Financière (PEMFAR).
Le budget de l'Etat pour l'année 2009 a été adopté le 24 novembre 2008
par l'Assemblée Nationale. Ce budget est équilibré en recettes et en dépenses à
un montant de 730 milliards 637 millions 725 milles francs CFA. Il
présente une progression sensible de 27,54 % par rapport à celui de l'année
précédente ; soit environ 157 milliards 772 millions 068 milles francs de plus.
Le projet de loi de finances pour l'année budgétaire 2009 traduit une
fois de plus la détermination du gouvernement à poursuivre la mise en œuvre de
la stratégie de lutte contre la pauvreté. Cette stratégie est soutenue par une
politique économique et financière qui s'articule autour des axes prioritaires
suivants :
a) la poursuite de la maîtrise des dépenses et la lutte
contre la corruption, tout en veillant à l'orientation de la dépense publique
dans les secteurs prioritaires de la SDRP ;
b) la poursuite des efforts
d'apurement de la dette intérieure de l'Etat ;
c) le renforcement des
capacités en ressources humaines de l'administration dans le respect du ratio
masse salariale /recettes fiscales(fixé dans le cadre de l'UEMOA à un niveau
inférieur ou égal à 35%) ;
d) l'accroissement des ressources internes ;
e) la poursuite des réformes économiques et financières en vue de
consolider le cadre macro-économique.
Au titre de l'année 2009, la mise
en œuvre de cette stratégie visera les objectifs déclinés dans les différents
domaines socio-économiques.
Ainsi, au plan économique, l'objectif est
d'atteindre un taux moyen annuel de croissance de 4,9% conduisant à une
augmentation du PIB par habitant d'environ 1,6 point de pourcentage en moyenne
par an sur la période 2009-2011.Cette croissance serait tirée par le secteur
minier qui croîtrait en moyenne de 6,4% sur la période. L'inflation serait
maîtrisée tout au long de la période de projection pour se situer en moyenne à
2%, donc en deçà du niveau de 3% fixé par l'UEMOA.
Au plan social, le
gouvernement mettra l'accent sur l'amélioration du niveau de vie et du bien être
des populations en général et des couches vulnérables (femmes et enfants) en
particulier, à travers l'accès aux services sociaux essentiels, notamment
l'éducation et la santé,ainsi que la réalisation de programmes et projets
d'investissements porteurs de croissance et d'amélioration des revenus des
populations,toutes actions contenues dans la SDRP. En outre, le Gouvernement
déploiera des efforts soutenus pour faire face à l'insécurité qui prévaut dans
le Nord du pays. Comme on peut le constater, en 2009 les secteurs participant à
la réduction de la pauvreté totalisent un montant de 386,32 milliards, contre
310,74 milliards en 2008, soit une hausse de 75,58 milliards. Ce montant
représente un peu plus de 53% du total des prévisions budgétaires.
S'agissant des finances publiques, la pression fiscale augmenterait
d'environ 0,9 points de pourcentage en 2009. Cet objectif estessentiellement
motivé par la poursuite de la mise en œuvre des réformes, notamment
l'application des plans d'actions des régies financières.Elle prend également en
compte les effets de la mise en œuvre des Accords de Partenariat Economique
(APE) sur les recettes douanières.A travers toutes ces perspectives, il ressort,
que la politique budgétaire poursuivie au titre de la loi de finances 2009
s'inscrit dans la droite ligne de l'option prise à travers le budget 2008, pour
une mobilisation plus accrue des ressources propres, en vue d'améliorer les
conditions de vie des populations. Cependant, l'atteinte des objectifs
spécifiques de recettes internes au titre de 2009 nécessite la mise en œuvre de
certaines mesures d'ordre fiscal ou purement administratif.
II.
Les principales mesures fiscales
Les principales nouvelles
mesures fiscales adoptées dans le cadre de la loi de finances 2008 sont les
suivantes :
La fusion en un impôt unique de l'impôt sur les bénéfices
industriels et commerciaux (BIC) avec l'impôt sur les bénéfices non commerciaux
(BNC). La différenciation ne se justifiait plus car les deux impôts ont la même
finalité, à savoir la taxation du bénéfice d'une activité ;
La fusion
en un impôt unique de la taxe foncière et de la taxe immobilière. Cette fusion
favorisera une gestion simplifiée de l'impôt unique qui sera créé avec une
amélioration de son rendement à travers une nouvelle modulation de la base
imposable et du calcul de la taxe ;
La suppression de l'impôt
forfaitaire sur le droit de propriété foncière et immobilière. Cet impôt assis
sur des actes de propriété provisoires, présente un rendement très faible avec
un coût de gestion très élevé. En outre il vient en superposition des impôts
fonciers déjà existants ;
L'institution d'une imposition simplifiée au
titre des impôts sur les bénéfices et la TVA.
La mise en œuvre de ces
mesures sera accompagnée par des actions d'ordre administratif. Pour
l'essentiel, ces actions porteront sur :
- La redynamisation du contrôle
fiscal à travers un renforcement des services en moyens humains et matériels ;
- La maîtrise des exonérations fiscales à travers un renforcement des
contrôles conjoints Douanes-Impôt ;
- La poursuite de l'information des
services en vue de faciliter le suivi des contribuables et celui des flux des
marchandises ainsi que leur dédouanement ;
- Le développement des actions de
communication ;
- La formation professionnelle
III. En
recettes
Les prévisions de ressources du budget général 2009
s'élèvent à sept cent trente milliards six cent trente sept millions sept
cent vingt cinq mille (730.637.725.000) francs CFA, contre cinq cent
soixante douze milliard huit cent soixante cinq millions six cent cinquante sept
mille (572.865.657.000) francs en 2008, soit une augmentation de cent cinquante
sept milliards sept cent soixante douze millions soixante huit mille
(157.772.068.000) francs, correspondant à 27,54%.
Le tableau ci-dessous
donne un aperçu global, par nature, des prévisions de recettes, rapprochées à
celles de 2008
Tableau des prévisions globales de recettes
| Nature des recettes | PLF 2008 | PLF 2009 | Variation en % |
| Recettes internes | 343 952 108 000 | 428 575 339 000 | 24,60% |
| Recettes internes permanentes | 290 509 801 000 | 410 313 500 000 | 41,24% |
| Recettes fiscales | 245 689 392 000 | 288 376 500 000 | 17,37% |
| Recettes non fiscales | 44 820 409 000 | 121 937 000 000 | 172 ,06% |
| Recettes exceptionnelles | 53 442 307 000 | 18 261 839 000 | -65 ,83% |
| Vente immeuble bâtis | 66 045 000 | 39 000 000 | -40,95% |
| Recettes PPTE | 20 698 000 000 | 17 749 839 000 | -14,24% |
| Autres recettes exceptionnelles | 32 678 262 000 | 473 000 000 | -98,55% |
| Recettes extérieures | 228 913 549 000 | 302 062 386 000 | 31,95% |
| Catégorie recettes extérieures | |||
| Dons projets (ARN) | 108 547 147 000 | 149 333 784 000 | 37,58% |
| Emprunts budgétaires | |||
| Aides budgétaires | 34 988 455 000 | 31 843 473 000 | -8,99% |
| Emprunts projets | 46 377 947 000 | 89 249 129 000 | 92,44% |
| Aides projets | |||
| Emprunts programmes | 39 000 000 000 | 31 636 000 000 | -18,88% |
| Total général | 572 865 657 000 | 730 637 725 000 | 27,54% |
• Les recettes internes
Comparées au budget 2008, les
recettes internes connaissent une augmentation de 84,62 milliards, passant de
343,95 milliards en 2008 à 428,58 milliards en 2009, soit un taux de progression
de 24 ,60%.
• Recettes internes permanentes
Constituées
de recettes fiscales, ces recettes enregistrent une hausse de 119 ?80 milliards
en 2009, soit 41 ,24% dont 42,69 milliards au titre des recettes fiscales et
77,12 milliards au titre des recettes non fiscales. Ainsi cette sensible
évolution des recettes internes permanentes traduit la volonté du gouvernement
d'accroître la mobilisation des ressources internes, dont la pérennité garantie
le financement des actions de développement.
• Les recettes
exceptionnelles
Prévues pour 18,26 milliards en 2009, contre 53,44
milliards en 2008, ces recettes accusent une baisse de 35,18 milliards, soit
65,83%.Cette baisse essentiellement constatées au niveau des ressources issues
des privatisations, qui étaient de 31,985 milliards en 2008. L'autre poste
important concerne les ressources PPTE qui baisse de 2,95 milliards en 2009.
• Les ressources extérieures
Au titre de l'exercice
budgétaire 2009, les ressources extérieures attendues s'élèvent à 302,06
milliards,contre 228,91 milliards en 2008, soit une hausse de 73,15milliards
correspondant à 31,95%. Elles portent sur les emprunts et aides budgétaires
d'une part et des dons ( aides non remboursables : ANR) et emprunts projets
d'autre part.
IV. En dépense
Les prévisions de
dépenses 2009, équilibrées au niveau des recettes, s'élèvent à sept cent trente
milliards six cent trente sept millions sept cent vingt cinq mille
(730.637.725.000) francs CFA, contre cinq cent soixante douze milliard huit cent
soixante cinq millions six cent cinquante sept mille (572.865.657.000) francs en
2008.
Le tableau ci-dessous donne un aperçu global, par nature et par
grandes masses, des prévisions de dépenses, comparées à celles du budget
2008.
Tableau comparatif 2008-2009 des grandes masses des dépenses du
budget (en millions de FCFA)
| Article | PLF 2008 | PLF 2009 | Variation en % |
| Amortissement et charges de la dette publique | 49 350 | 52 454 | 6,29% |
| Dette extérieure | 6 338 | 9 736 | 53,61% |
| Dette intérieure | 43 012 | 42 718 | -0,68% |
| Dépense personnel | 86 291 | 93 300 | 8,12% |
| Dépenses de fonctionnement | 70 480 | 86 644 | 22,93% |
| Autres dépenses de fonctionnement | 68 747 | 85475 | 24,33% |
| PPTE | 1 733 | 1 169 | -32,54% |
| Subventions et autres transferts courants | 109 633 | 112 597 | 2,70% |
| Autres subventions et transferts courants | 104 488 | 108 637 | 3,97% |
| PPTE | 5 145 | 3 960 | -23,03% |
| Investissements exécutés par l'Etat | 257 111 | 385 643 | 49,99% |
| Investissements administrations | 19 849 | 20 725 | 4,41% |
| Projet et programmes 100% trésor | 63 242 | 115 624 | 82,83% |
| PPTE | 14 724 | 13 083 | -11,14% |
| Contrepartie aux projets (volet trésor) | 5 761 | 12 175 | 111,34% |
| Emprunts | 46 379 | 89 249 | 92,43% |
| ANR | 107 156 | 134 787 | 25,79% |
| Total | 572 865 | 730 638 | 27,54% |
• La dette publique
Son niveau passe de 49,35 milliards FCFA
en 2008 à 52,45 milliards en 2009. Le service net de la dette extérieur est
évalué à un montant de 9,73 milliards, contre 6,33 milliards en 2008. Les postes
importants au niveau de la dette publique sont constitués des prévisions
d'apurement de la dette extérieure au titre du CAADIE pour 15 milliards, des
remboursements des engagements vis-à-vis de la BCEAO pour 5,403 milliards et des
prévisions de dépenses d'ordre en vue de régulariser les dépenses
d'investissements sur ressources PPTE estimées à 17,75 milliards inscrits au
niveau de la ligne << Convention à paiement différé >>. Par
ailleurs, une prévision de 2,566 milliards a été faite pour apurer les arriérés
de loyers des maisons conventionnées et ceux dé coulant de l'exécution des
projets et programmes d'investissements sur ressources extérieures.
• Les dépenses de fonctionnement
Les dépenses de fonctionnement sont composées des dépenses de personnel, des
dépenses d'achats de biens et services et des dépenses de subventions et
transferts courants. Globalement, les prévisions de ces dépenses sont en hausse
de l'ordre de 26,14 milliards par rapport à 2008, soit un taux d'augmentation de
9,81%.Cette hausse se constate au niveau de l'ensemble des trois (3) postes de
dépenses.
1. Les dépenses de personnels
Entre 2008 et 2009, l'accroissement de cette catégorie de dépenses est de
8,12%. Cette augmentation est due essentiellement à la priseen compte des
incidences financières relatives aux recrutement nouveaux de la fonction
publique et aux avancements et reclassement des agentsde l'Etat ainsi que des
retours des situations particulières.
2. Les dépenses d'achat de
biens et services
Le montant prévisionnel de cette catégorie de
dépenses passe de 70,48 milliards en 2008 à 86,64 milliards en 2009, soit une
augmentation de 22,93%. Cette augmentation s'explique par :
la majoration des
crédits des ministè res relevant des secteurs prioritaires de la SRP d'un niveau
correspondant au taux de croissance de référence, ainsi que la prise en compte
d'autres dé penses importantes.
3. les subventions et transferts
courants
Les prévisions des dépenses des subventions et
transferts sont passées de 109,63 milliards en 2008 à 112,6 milliards en 2009,
soit une hausse de 2,96 milliards.
• Les dépenses d'investissements
exécutées par l'Etat
Le montant prévisionnel des dépenses
d'investissements exécutés par l'Etat passe de 257,11 milliards en 2008, à
385,64 milliards en 2009, soit une hausse de 128,53 milliards.
Le tableau
ci-dessous (en millions) donne l'évolution de ces dépenses, par source de
financement, par rapport à l'année 2008.
| Nature |
2008 |
2009 |
Variation | |
|
Montant |
% | |||
| Investissement administrations |
19 849 |
20 725 |
876 |
4,41 % |
| Projets et programmes 100% Trésor |
63 242 |
115 624 |
52 382 |
82,83% |
| Contrepartie aux projets (Volet Trésor) |
5 761 |
12 175 |
6 414 |
111,34% |
| Emprunts |
46 379 |
89 249 |
42 870 |
92,43 % |
| ANR |
107 156 |
134 787 |
27 631 |
25,79 % |
| Ressources PPTE |
14 724 |
13 083 |
-1 641 |
-11,14 % |
| TOTAL |
257 111 |
385 643 |
128 532 |
49,99 % |
Il ressort du tableau ci-dessus que les dépenses d'investissements
connaissent une hausse de 49,99% entre 2008 et 2009. Cette hausse connaît son
niveau le plus important au niveau des contreparties aux projets (111,34%), du
fait des investissements routiers et du barrage de Kandadji essentiellement et
des investissements sur ressources propres (82,83%). L'autre poste important
concerne les investissements sur emprunts (92,43%), du fait là aussi du
démarrage des travaux du barrage de Kandadji. Cependant, les dépenses sur
ressources PPTE connaissent une baisse de 11,14%. Pour ce qui est des
contreparties aux projets et programmes, elles sot fonction des financements
extérieurs et varient suivant les bailleurs de fonds.
En outre, les
Ministères qui bénéficient des dotations les plus importantes sont énumérés
ci-dessous:
| Intitulés | En pourcentage du montant total du Budget |
| Ministère chargé de l'Economie et des Finances |
% |
| Ministère de l'Education Nationale |
25,44% |
| Ministère de la Santé Publique |
18,21% |
| Ministère des Enseignements Secondaire et supérieur, de la Recherche et de la Technologie |
9,44% |
| Ministère de l'Equipement |
24,64% |
| Ministère de l'Hydraulique |
7,02% |
| Ministère de la Défense Nationale |
% |
| Ministère du Développement Agricole |
5,4% |
| Ministère de l'élevage et du des industries amirales |
3,1% |
| Ministère de l'aménagement du territoire et du développement communautaire |
4,1% |
| Ministère de l'environnement et de la lutte contre la désertification |
1,22% |
| Ministère de la formation professionnelle et technique |
0,68% |
| Ministère du transport et de l'aviation civile |
0,51% |
NB : Source : Journal officiel de la République du Niger, Edition Spéciale portant loi de Finances 2009